Les carnets de travail de Jean Giono par Jacques Mény

Jusqu’en 1936, Jean Giono jetait les ébauches de ses œuvres sur des feuilles volantes. À partir de 1937, il adopte une nouvelle méthode de travail qu’il n’abandonnera plus : il prépare ses textes sur des carnets. L’idée lui en serait venue à la lecture des Carnets de Dostoïevski, publiés par la NRF parallèlement à l’édition de Crime et Châtiment et des Frères Karamazov.

Les carnets de travail ne servent pas à prévoir l’architecture générale de l’œuvre. Les plans y sont rares et sommaires. Les notes prises par Giono sont des « pilotis » qui anticipent souvent à court terme la suite du récit. Ils mettent en mémoire une réplique qui lui vient à l’esprit et dont il se servira plus tard, tandis que se poursuit la rédaction du texte au jour le jour. Rien de comparable aux « scénarios » multiples et de plus en plus fouillés de Flaubert. Chez Giono, le carnet sert de brouillon. Il y esquisse et éprouve ses « idées » au sens pictural, y fait « l’essai des phrases » comme un peintre prépare sa couleur sur sa palette.

Sur les pages de ses carnets, Giono juxtaposent à son travail purement littéraire d’autres éléments hétérogènes : ses comptes personnels, des adresses, des listes d’achats envisagés, des titres de livres, croquis et dessins, des réflexions et commentaires sur l’actualité et, entre 1946 à 1949, un Journal parallèle à la rédaction des romans qui prolonge ceux qu’il a tenus de 1935 à 1939, puis entre 1943 et 1944.

En février 1938, Giono écrit dans son Journal que ses carnets sont des documents qui serviront à l’étude de sa création artistique : « Peut-être pour aider à comprendre ou tout au moins à étudier le mécanisme esthétique de la création, comparer les textes définitifs avec les documents et matériaux. Me servir désormais de carnets. »

Lui-même grand lecteur d’éditions de carnets d’artistes et d’écrivains, Giono envisagera de publier les siens et en fera dactylographier plusieurs dans cette intention au cours des années cinquante, avant de renoncer à ce projet. Les quarante Carnets conservés dans les archives de Giono ont contribué de manière décisive à l’étude de la genèse de ses œuvres, en particulier dans l’édition de la Bibliothèque de la Pléiade. Depuis 2007, la Revue Giono poursuit leur publication.

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